LE MONDE n'est plus aux regroupements idéologiques, artistiques et stylistiques. La coexistence sur une même scène d'artistes d'origines et de langages très divers rend l'appréhension de l'art de plus en plus complexe. Comment cerner au mieux la création la plus actuelle ? Les manifestations qui s'ouvrent en cascade rivalisent d'ingéniosité pour y répondre. À commencer par la Biennale de Lyon (du 19 septembre au 6 janvier, www.biennale-de-lyon.org) dont les concepteurs, Stéphanie Moisdon et Hans Ulrich Obrist, innovent en demandant à d'autres commissaires internationaux - une cinquantaine, tous pionniers dans leur genre - d'inviter l'artiste qui leur semble essentiel dans le contexte de la décennie en cours.
Faisant la part belle aux jeunes artistes français et à la vidéo, si absente de la Biennale de Venise, le projet de cette 9e édition est « celui d'un livre d'histoire écrit à plusieurs » pour une Histoire d'une décennie qui n'est pas encore nommée, en se fondant sur la structure d'un grand jeu dans lequel interviennent 60 joueurs du monde entier. Tout aussi soucieux de réinventer une manière de dire, de créer et de s'exposer, Marc-Olivier Wahler, directeur du Palais de Tokyo, inaugure avec le Suisse Ugo Rondinone, une série d'expositions conçues par les artistes pour rompre avec la « vision classique » d'un commissaire d'exposition.
En donnant carte blanche à ce créateur de labyrinthes dont les installations sont autant de paysages où se perdre qui déstabilisent nos perceptions et chamboulent nos certitudes, The Third Mind (du 27 septembre au 3 janvier, www.palaisdetokyo.com) réunit les artistes qui l'obsèdent et les oeuvres qui l'ont nourri pour entrer dans le cerveau d'Ugo Rondinone. Un biais inédit de recoupements, de correspondances et de passerelles esthétiques pour mieux comprendre le processus de création de ce plasticien metteur en scène qui travaille à des espaces visuels, sonores et linguistiques multiples. Dans ce voyage mental à énigmes, chaque salle a sa logique propre, loin de la raison, avec les oeuvres de 31 créateurs reconnus mais aussi oubliés. D'Urs Fischer à Jay DeFeo, en passant par Ronald Bladen, Emma Kunz, Paul Thek ou Robert Gober et ses éviers troubles.